J'ai visité le Titanic

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J'ai visité le Titanic

Une exposition à Paris exhibe des souvenirs repêchés du paquebot qui sombra dans l’Atlantique voici 101 ans. D’où naît cette émotion particulière ?

 

Pourquoi certains événements marquent-ils tant les esprits ? Plus d’un siècle après son naufrage, le Titanic continue à naviguer dans l’imaginaire du XXIème siècle et à charrier dans son sillage mille légendes qui n’ont pas plus à voir avec la réalité que la bataille des Éperons d’or revue par la mythologie flamande. Le succès du film de Cameron n’a d’ailleurs fait que surfer sur l’énorme vague d’étrave du géant s’engloutissant dans les eaux glacées. En 1985, une expédition franco-russe retrouva l’épave de la perle de la White Star Line gisant à 3.700 mètres sous la surface de l’océan. Quelques campagnes de plongée plus tard, plein d’objets et de souvenirs ont été ramenés à la surface. Certains sont visibles à Paris, hall 8 du parc des Expositions (porte de Versailles), jusqu’à la mi-septembre.

L’expo, bien dans la ligne des expos spectacles qui pullulent depuis un quart de siècle, ne se contente pas d’exhiber telle assiette, telle carte postale ou telle paire de lunettes ; elle remet en scène le paquebot lui-même et la vie à son bord. Par exemple, le passage dans le couloir reconstitué des cabines de première classe vous met inévitablement dans l’ambiance. C’est que la part de rêve n’est pas nulle : ce bateau était le plus grand du monde, à l’époque, et aussi une véritable prouesse technologique s’accompagnant, pour ceux qui en avaient les moyens, d’un luxe ostentatoire. Sa première traversée aurait fait la une des journaux même si elle ne s’était pas finie aussi tragiquement et si nul iceberg n’avait cru bon d’éperonner la coque du géant, déchirant la double coque d’une façon qui rendait, selon le second du capitaine, le naufrage absolument inévitable. Car contrairement à la légende, nul n’a jamais prétendu a priori que le Titanic était insubmersible. D’ailleurs à l’époque, les bateaux modernes disposaient tous d’une double coque. Et le manque de canots de sauvetage, sur lequel on a tant brodé, n’était pas la conséquence de cette prétendue insubmersibilité, mais une mesure générale des paquebots transatlantiques de l’époque. La Grande-Bretagne envisageait d’ailleurs de légiférer en la matière et les constructeurs du Titanic avaient prévu déjà sur les ponts les emplacements où les canots supplémentaires devraient être rangés quand ils seraient obligatoires…

Ce qui frappe aujourd’hui encore, à cet égard, est qu’en effet, les canots ne sont pas une panacée. Il y en avait assez à bord du Costa Concordia, et il y eut 32 morts…

Il valait mieux tout de même monter à leur bord, sur le Titanic, que d’espérer survivre en nageant : dans une eau aussi froide, l’hypothermie provoque une perte de conscience quasiment instantanée qui amenait à une mort très rapide. À la sortie, d'ailleurs, la carte d'embarquement que vous avez reçue comme ticket d'entrée, un fac-similé avec le nom d'un véritable passager, vous permet de savoir si vous figurez parmi les victimes ou les rescapés... Pour figurer dans la seconde catégorie, il était préférable de voyager en première classe et être une femme qu'en troisième et être un homme. Ou a fortiori, un membre d'équipage, dont l'expo ne cache pas les conditions de travail et de logement frôlant l'esclavagisme. Cependant, on n'arrête pas le progrès, la compagnie insistait sur le niveau de confort de la troisième classe : de vrais lits, de vrais repas,... Beaucoup de passagers sont entrés fiers et heureux de faire partie de ce voyage inaugural. Le bateau avait fait le plein, mais surtout parce que la compagnie, face à une grève des mineurs, avait centralisé le maximum de passagers transatlantiques sur le Titanic, ne désirant surtout pas la contre-publicité d'un départ retardé, rassemblant tout son charbon disponible à bord et assurant qu'il y en aurait assez pour réaliser la traversée à la vitesse maximale – celle à laquelle, malgré une manœuvre désespérée et qui faillit réussir, le géant courait sur l'eau glacée malgré la présence annoncée d'icebergs dérivant plus bas que d'habitude et que seuls les yeux des vigies et les messages des autres bateaux permettaient d'apercevoir... La nuit était calme, l'une de ces nuits, où selon le mot d'un survivant, on ressent une impression d'éternité. Nous étions le 15 avril 1913. On ignore si, comme le veut la légende, l'orchestre a joué jusqu'à l'ultime minute – les témoignages varient – mais ce qui est certain, c'est que le très lourd bilan de la tragédie (environ 1500 morts) s'explique aussi par la formidable désorganisation qui a présidé à l'évacuation du bateau. Deux des canots de sauvetage, seulement, furent descendus remplis à la mer et beaucoup n'étaient même pas à moitié pleins. Un seul des officiers adjoints eut l'intelligence de faire monter des hommes dans les places vides de ces canots où l'on respecta jusqu'à l'absurde le célèbre adage les femmes et les enfants d'abord en transformant le d'abord en uniquement. On aurait pu, on aurait dû sauver facilement au moins quatre cents personnes en plus. Le choc, dans l'opinion publique, fut tel que les réglementations furent adaptées et que pour la plupart, elles sont encore appliquées aujourd'hui, avec les insuffisances que l'on sait.

Aujourd'hui, bien sûr, les survivants du naufrage du Titanic sont tous morts, les derniers sans souvenir, car ils étaient bébés il y a un siècle. Mangée par la mer, l'épave elle-même n'en a plus pour très longtemps : elle va s'écraser sur elle-même d'ici quelques dizaines d'années. L'éternité, finalement, ne dure pas si longtemps que ça.

 

30 juillet 2013

 

Petite visite photographique

 

En pratique

 

L'exposition se tient au palais 8 du Palais des expositions de Paris, à la porte de Versailles, jusqu'au 15 septembre 2013.

Le prix d'entrée individuel est de 15,90 € (tarif famille à 52 €), audioguide compris.

Il y a une boutique, au cas où vous trouveriez amusant de vous équiper dans le style un peu kitsch de l'époque (le pot de marmelade est très beau).

Site officiel www.titanic-expo.com.